Débats scientifiques autour de l’approche expérimentale

Matthieu Cisel

L’evidence-based education redevient à la mode

Les pratiques pédagogiques ont, selon certains, vocation à être évaluées de manière aussi systématique et scientifique que possible, et celles qui mobilisent le numérique ne font pas exception. Relativement marginales dans la littérature scientifique (Cook, 2002), les expériences randomisées semblent être de plus en plus appréciées dans les instances dirigeantes de l’Éducation Nationale, en particulier dans un contexte de renforcement des protocoles d’évaluation standardisés des compétences des élèves.

Bien qu’en matière de mesure de l’efficacité des pratiques pédagogiques, l’approche française se soit longtemps distinguée de celle des chercheurs américains, notamment sur la question des technologies éducatives (Chaptal, 2003), il semble que nous rejouions maintenant en France ce qui s’est passé outre-Atlantique il y a de cela quelques décennies, quand l’administration Bush lançait le programme No Child Left Behind, en 2001 (XX). Les pratiques reconnues comme les plus efficaces étaient – et sont toujours mutualisées via des sites comme What Works Clearinghouse, qui répertorient un certain nombre de pratiques évaluées à l’échelle fédérale sur la base de ces méthodes expérimentales (Biesta, 2010). Les Britanniques, à travers l’Education Endowment Foundation, ont suivi une démarche relativement similaire.

Des expériences qui reposent sur un respect rigoureux des protocoles

Nul ne peut être contre l’application de protocoles de recherche précis. Néanmoins, ceux-ci sont difficiles à appliquer de manière suffisamment rigoureuse pour permettre de produire des résultats scientifiques dignes intéresser. Enrôler les enseignants dans de tels protocoles signifie qu’il faudra les convaincre de suivre à la lettre des séquences d’enseignement pensées par d’autres.

Si cette approche existe en France, l’ingénierie didactique (Artigue, 1992) a précédé de plusieurs décennies la vague actuelle dite de l’Evidence-Based Education, on observe actuellement un changement d’échelle conséquent. Les organismes de financement sont de plus en plus séduits par les projets qui mettent en avant des expérimentations randomisées, qui nécessitent dès lors l’implication d’un nombre croissant d’enseignants. Or les contraintes qui pèsent sur les enseignants désireux de s’investir dans des protocoles d’évaluations des pratiques sont nombreuses. Ces derniers gagneraient à mieux les appréhender avant de s’engager dans de tels dispositifs, considération qui nous a amené à proposer cette contribution fondée sur une approche personnelle, où nous nous sommes placés simultanément dans le rôle du chercheur et de l’enseignant.

Appréhender la multiplicité des biais

Les problèmes que nous avons relevés sont multiples. Parfois, pour des raisons extérieures à la volonté de l’enseignant, un événement impromptu bouleverse le calendrier de l’expérience, mettant en péril sa validité. Parfois, c’est un choix personnel, j’ai été pris en tenailles entre mon devoir d’enseignant et mon devoir de chercheur ; aider un élève, et en particulier un élève en difficulté, signifiait déroger au protocole. Nous allons tenter simplement d’illustrer, sur la base d’un exemple concret, pourquoi nous avons renoncé à la mise en œuvre d’un protocole expérimental pour adopter, en définitive, des méthodes dites qualitatives.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *